mardi matin (tuesday morning)

Debout face à moi, Miguel, les bras croisés, porte son regard au-delà de moi. Que fixe-t-il ? Voudrait-on lui voler son droit au bonheur ? Je lis la lettre tandis que Miguel ne détache pas son regard du rideau fleuri, derrière moi.
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 « Dans la rumeur de la rue parisienne, j’entends ta voix comme si tu étais près de moi. Tremper les doigts dans l’eau froide de la Seine, c’était frôler tes cheveux. Tu me parles tout bas. Combien de temps a passé ? J’aperçois un bateau éclairé qui descend le fleuve. Je t’ai toujours aimée, car j’ai toujours su que t’aimer était pour moi un besoin. Jamais mon amour n’a altéré la magie de ton être. Tout au début, je t’ai gardée telle que tu étais, contemplée de loin, de crainte de parcourir seul, par delà le temps, le chemin frayé par toi dans mon âme. Plus tard… Je te voyais encore tripoter une marionnette dans ce magasin en Rue de Vaugirard. En ce temps, tes paroles n’arrivaient pas jusqu’à moi. Mais je me sentais attiré vers toi par un fil invisible et, une fois entré dans le jeu, ma raison chavirait : étais-je la marionnette animée par ta main ou bien la main caressant le chaud velours de ta robe ? … Les bateaux remontent et redescendent la Seine…Jacques.»
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“If things were always what they seemed, how impoverished would be the imagination of man!” Lawrence Durrell, Balthazar.   
 

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